Julia Pirotte, photographe des années 1940 à Marseille
Femme militante, Julia Pirotte (1907-2000) était une photographe polonaise qui mit son art au service de ses engagements politiques.
Une jeune polonaise engagée
Née Gina Diament à Końskowola en Pologne d’un père mineur juif, la jeune femme s’engage très tôt dans les Jeunesses progressistes. En 1925, à l’âge de 17 ans, elle est emprisonnée en Pologne pendant quatre ans, en raison de ses activités communistes. En 1934, de nouveau menacée d’arrestation, elle s’exile à Bruxelles où elle s’installe et se marie en 1935.
Épousant Jean Pirotte, ouvrier militant, Julia Pirotte obtient la nationalité belge et rejoint les mouvements sociaux touchant le pays en 1936. Elle rencontre Suzanne Spaak (1905-1944), journaliste belge et militante antifasciste, qui lui offre un Leica III, son premier appareil et l’encourage à s’engager dans la photographie.
Pirotte prend des cours et obtient sa première commande de reportage en 1939, par l’agence de presse Foto Waro, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.
À Marseille, une photographe résistante
Au début de la guerre, Julia Pirotte perd son époux, mobilisé par l’armée belge. En 1940, contrainte de fuir la Belgique envahie, elle gagne Marseille où elle séjourne jusqu’en 1945.
Elle obtient d’abord un travail de photographe sur une plage privée puis comme reporter pour la revue Dimanche illustré, offrant des images de vedettes de son époque (voir par exemple ce portrait d'Edith Piaf).
Dès son arrivée dans le sud de la France, elle s’engage activement dans la Résistance contre le nazisme en rejoignant les FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - main-d'œuvre immigrée). Son poste de reporter lui sert de couverture pour ses activités résistantes : Pirotte assure le transport de matériel de propagande, de tracts, de journaux illégaux et d’armes en faveur de la Résistance.
Ses photographies documentaires du quotidien marseillais sont diffusées illégalement et publiées aux États-Unis en 1943.
En août 1944, elle participe au soulèvement de Marseille et en offre un important témoignage photographique jusqu’à la Libération de la ville.
Un retour solitaire au pays
Julia Pirotte ne retourne en Pologne qu’en 1946, après la fin de la guerre. Elle n’y retrouve pas sa famille, disparue durant la guerre, cependant, elle participe à la reconstruction de son pays ravagé, photographiant les ruines et les désastres du conflit.
Elle poursuit sa carrière de reporter pour le périodique Zolnierz Polski. Elle couvre les lendemains du pogrom de Kielce (1946) et réalise des portraits lors du Congrès mondial des intellectuels pour la paix à Wroclaw (1948).
Elle cesse finalement toute activité professionnelle en 1968.
Des témoignages historiques importants
Les œuvres de Julia Pirotte sont porteuses d’un poids sociologique et historique central durant la période troublée de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, la majorité de son travail photographique est réalisé dans les années 1940, lui donnant le titre de photographe dans la Résistance.
À Marseille, elle capture les internés du camp Bompard avant leur déportation, les familles de mineurs de Gardanne, la vie quotidienne des Marseillais durant la guerre et la Libération de Marseille en 1944. Elle met en avant l’insouciance des enfants, la peine des adultes, la pauvreté qui touche la ville et des visages d’hommes, de femmes et de résistant(e)s.
En 1979, elle explique qu’elle divise ses œuvres en deux catégories : les photographies artistiques prises par plaisir et les images de témoignages réalisées par engagement contre la misère et la guerre.
L'entrée des photographies de Julia Pirotte dans la collection du Musée d'histoire de Marseille
Les œuvres de Julia Pirotte gagnent en notoriété à partir de 1978, grâce à l’intervention de ses amis marseillais, anciens résistants.
Son travail obtient une grande reconnaissance artistique lors des Rencontres d'Arles en 1980, puis en Pologne, à Londres, à Charleroi, à Stockholm, à New York ...
Ces expositions incitent plusieurs musées d’Europe et d’Amérique à se procurer les créations de Pirotte pour enrichir leurs collections permanentes.
Ainsi, la Ville de Marseille acquière un premier fonds de 215 photographies de Pirotte en 1986, clichés puissants et historiques en noir et blanc de Marseille entre 1942 et 1945. Un second ensemble de 248 images est acheté par la Ville en 2007, complétant la collection.
- Retrouvez ci-dessous l'ensemble des photographies de Julia Pirotte conservées par le musée d'histoire de Marseille
Bibliographie
AMAO, Damarice, Julia Pirotte, dans le Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, 2013,
https://awarewomenartists.com/artiste/julia-pirotte/
AMAR, Marianne, Julia Pirotte, photographe de résistance, dans Vingtième Siècle, revue d’histoire, n°48, octobre-décembre 1995, p. 152-154.
BOITTIAUX, Inès, Julia Pirotte, photographe en résistance, dans Beaux-Arts [en ligne], 20 mars2023,
https://www.beauxarts.com/grand-format/julia-pirotte-photographe-en-resistance/
BOULANGER, Patrick, Julia Pirotte, résistante photographe à Marseille, dans La Culture à Marseille.
COSTE, Christine, Julia Pirotte, au cœur de la Résistance, dans Le Journal des Arts.fr [en ligne], 23 mai 2023,
https://www.lejournaldesarts.fr/expositions/julia-pirotte-au-coeur-de-la-resistance-166609
FRANCOIS, Caroline, LO BIUNDO, Bruna, Exposition “Julia Pirotte, photographe et résistante”, Mémorial de la Shoah [en ligne], 2013,
https://www.memorialdelashoah.org/exposition-julia-pirotte-photographe-et-resistante.html
PERRIN, Marie-Noëlle, Fonds Julia Pirotte. Reportage de propagande pour l'armée : le Village Colonial à la XVe foire-exposition de Marseille (1941), Archives de Marseille [en ligne], janvier 2010
https://archives.marseille.fr/archive/fonds/FRAC13055_161Fi/n:154?RECH_type_Libel=Photographie%7C
THEBUAD, Françoise (dir.), Julia Pirotte : une photographe dans la Résistance, cat. expo., musée de la Photographie, Charleroi (1994), Charleroi, Musée de la Photographie, 1994.
VIDEAU, André, Julia Pirotte une photographe dans la Résistance, dans Hommes et Migrations, n°1186, avril 1995, p.64.
Voir aussi
Le Musée de la photographie à Charleroi,
le Musée de l’Armée
et La contempora ine
préservent également de nombreuses photographies de Julia Pirotte.
Date de modification : 30 juillet 2026