Le livre d'or du château Borély
L’Album du château de Bonneveine ou Livre d’or du château Borély est un document unique au sein de la bibliothèque du musée d’archéologie méditerranéenne.
L’Album du château de Bonneveine ou Livre d’or du château Borély figure parmi les documents les plus précieux conservé à la bibliothèque du musée d’archéologie méditerranéenne.
Il s’agit du registre des visiteurs, ouvert entre 1814 et 1855, qui totalise environ 10 000 signatures !
La somptueuse « bastide » érigée par les frères Louis-Joseph-Denis et Honoré Borélyà Bonneveine, a attiré depuis la fin du XVIIIème siècle une foule de curieux et amateurs d’art triés sur le volet. Des visiteurs célèbres ont ainsi laissé une trace de leur passage au sein du livre d’or : le Roi d’Espagne Charles IV, le duc d’Angoulême, la future duchesse de Berry, les peintres Pierre Revoil et Dominique Papety. Et bien d’autres sont à découvrir dans les 512 pages qui composent ce registre. …
Le livre s’ouvre sur une double-page avec une représentation à l’aquarelle du château Borély, attribuée à Antoine Roux (1765-1835), peintre de marine établi à Marseille dans un genre nouveau qui sera prolongé par ses fils, celui de « portraits de navires ». On aperçoit sur la droite l’aile Ouest du château, et des personnages profitant de la terrasse et de sa vue dégagée sur la rade de Marseille. La présence de deux frégates qui battent pavillon anglais permet de situer la réalisation de ce paysage après l’abdication de Napoléon en avril 1814. Nombres des marins et capitaines de ces vaisseaux viendront visiter le château comme en témoignent les centaines de signatures du livre d’or. L’œuvre, dominée par les effets atmosphériques du ciel, offre une vision topographique de l’environnement maritime de la propriété, alors baptisée Bonneveine, avec les îles d’Endoume et du Frioul au centre de la composition et les pentes adoucies de la Côte bleue à l’arrière-plan. Un tableau d’Antoine Roux conserve également le souvenir de l’arrivée de ces navires anglais dans la baie de Marseille (inv. 52263).
Le château Borély, une demeure richement décorée
Dans les années 1760-1770, la famille Borély fait construire dans le domaine de Bonneveine l’une des plus belles bastide provençales. Les moyens dévolus à sa construction et sa décoration illustrent la puissance de la famille Borély, qui avait pu amasser une fortune considérable grâce au commerce avec les Échelles du Levant. Le projet initial confié à Charles-Louis Clérisseau est exécuté par Joseph Esprit Brun dans un style à la française : un vaste corps de logis à 3 niveaux, surmonté d’un fronton, encadré de deux pavillons latéraux. La sobriété de la façade ne laisse guère imaginer la richesse du décor intérieur, dû essentiellement au peintre-décotateur des Borély, Louis Chaix.
L’implantation de la bastide, au sein d’un jardin remarquable, et sa vue dégagée sur la rade de Marseille, participent à la magnificence des lieux.
En 1804, le château passe aux mains de la famille Panisse-Passis. Le comte Pierre Léandre (1770-1842) poursuit l’œuvre des Borély et contribue à enrichir le domaine et les collections qu’il abrite. Dès cette période, dans la tradition des cabinets de curiosité, le château est ouvert au public. Profitant de la largesse du maître des lieux, les visiteurs se pressent pour admirer les œuvres d’art, peintures et sculptures, et la collection d’antiques. Il faut se reporter au précieux témoignage de Julie Pellizzone qui décrit dans ses Mémoires en 1811 l’une de ses visites.
La liste des œuvres exposées à cette époque est aujourd’hui bien connue, grâce à l’un des catalogues manuscrits de cette collection, conservé à la bibliothèque du musée d’archéologie méditerranéenne (inv. B-1212).
En regard de la page de titre, les armoiries peintes du Comte de Panisse-Passis : un blason azur écartelé et orné de motifs or (épis de panis, étoiles, croix pattées, poissons) et argents, associésà une croix à 4 branches double, et surmonté de la couronne comtale. Au cimier, un aigle tenant dans son bec la devise « Virtute Clarior ».
Les collections de la famille Borély-Panisse : un véritable musée
Le château Borély, avec sa riche collection d’antiques, de sculptures et de toiles de maîtres constituait au début du XIXeme siècle un véritable musée avant l’heure, attirant de nombreux visiteurs.
En effet, plus de 130 tableaux étaient exposés, en majorité des œuvres du XVIIe siècle. Certaines pièces de grandes valeurs ont été retirées ou ont malheureusement disparu lors de la vente du domaine en 1856 : ainsi trois peintures d’enfants attribuées à Bartolomé Esteban Murillo, la Sainte familled’Andrea del Sarto, deux portraits par Philippe de Champaigne, deux portraits par Pierre Mignard. Pour autant, la majorité des œuvres présentées peut être admirée aujourd’hui au musée des Beaux Arts : une Vierge à l’enfant de Simon Vouet (inv. BA 397), cinq sculptures (inv. S 33, S 34, S 1, S 109, S 108) et deux tableaux (inv . BA 393, BA 212), de Pierre Puget, le cycle de l’histoire de Tobie du peintre Pierre Parrocel….
Parmi la vingtaine d’antiques rassemblés, les objets provenant d’Egypte étaient disposés dans le vestibule et l’escalier du château : trois vases canopes, et le buste de la déesse Shekmet (inv. 203) offert à Pierre-Léandre de Panisse-Passis par le comte de Forbin à son retour d’Égypte en 1818 . En provenance d’Italie, il y avait quelques tronçons de colonne (inv. 6359), et une urne cinéraire (inv. 1678).
Il faut noter également des antiques de provenance locale, avec deux urnes cinéraires : l’une découverte à Chateauneuf-le-rouge (inv 1676), l’autre dans les environs d’Aix-en-Provence (inv. 1725, aujourd’hui volée).
En complément de ces collections, plusieurs dizaines de dessins et gravures étaient accrochés, dans des espaces néanmoins peu visibles, voire inaccessibles aux visiteurs (corridor du 1erétage, chambres).
Après la vente du château en 1856, l’essentiel de la collection (soit près de 90 %) rejoindra le musée des beaux-arts au Palais Longchamp et le musée d’archéologie.
Du château Borély au musée Borély
Le livre d’or s’achève en 1855 par la signature de Mr et Mme de Viguerie, inspecteur des Eaux et Forets à Paris. L’année suivante, le château est vendu par Gaston de Panisse au riche négociant Paulin Talabot, et rétrocédé en 1857 à la Ville de Marseille, permettant au domaine de devenir public.
En 1861, la Ville de Marseille acquiert l’importante collection d’objets égyptiens du docteur Clot-Bey. Faute de place au couvent des Bernardines, le château Borély devient le nouvel écrin pour cet ensemble. Les collections d’antiques sont transférées dans ce nouveau musée dont le nom se confondra même avec le lieu pour devenir le « Musée Borély ».
Consacré à l’archéologie méditerranéenne, ce musée ne cesse de s’enrichir pour devenir l’un des plus importants de France. C’est dans ce cadre que se développe également la bibliothèque du musée Borély, gérée directement par les conservateurs successifs depuis 1893.
Un siècle plus tard en 1989, elle est déménagée en même temps que les collections archéologiques au sein de la Vieille Charité.
Redécouverte du livre d’or
C’est par une note manuscrite rédigée par Bruno Roberty, conservateur du musée Borély entre 1933 et 1943, que nous connaissons l’historique du livre d’or au moment de la vente du domaine par la famille Panisse-Passis. .
Si l’essentiel des collections d’art est récupéré par la municipalité lors de la transaction de 1857, une partie est soustraite de la vente par Gaston de Panisse-Passis pour être vendue ou emportée en dehors de Marseille.
Dans ce contexte, le livre d’or quitte le château Borély, et rejoint une des demeures des Panisse-Passis , le château de Lamanon alors en cours de reconstruction. Il y restera pendant plus de 50 ans, jusqu’à sa redécouverte dans la bibliothèque en 1917, alors que le château de Lamanon est mis en vente. C’est un certain M. Cotte, parent des nouveaux propriétaires, qui trouve le registre et le confie ensuite généreusement à M. Clerc, conservateur du musée Borély. Le livre d’or réintègre ainsi sa demeure initiale.
On retrouve sa trace en 1935, prêté au musée de l’Orangerie pour l’exposition À la gloire de la marine à voiles du XVIe au XIXe siècle, en écho à l’aquarelle d’Antoine Roux. Il faut attendre les années 1970 pour que le livre d’or soit inscrit dans l’inventaire de la bibliothèque du musée d’archéologie.
Bibliographie
COUTANCIER, Benoît, GERMAIN-DONNAT, Christine, JOURDAN, Robert et PHILIPPON, Annie. Histoire d’une ambition: le château Borely de Marseille, de la bastide au musée. . Marseille, France : Musées de Marseille, 2019.
CONSTANT, Gabriel. Les visiteurs du Chateau Borély d’après l’album du Marquis de Panisse-Passis (1814-1856). Marseille, la revue culturelle de la Ville de Marseille. septembre 1961. N° 45, pp. 17‑26.
BENOIT, Fernand. Le Château Borély. Musée archéologique de Marseille: Notice historique sur le château et guide du visiteur. . Marseille, France : Imprimerie municipale, 1960
PELLIZZONE, Julie. Souvenirs: journal d’une Marseillaise. 1: 1787 - 1815. In : ÉCHINARD, Pierre (éd.). Paris : Indigo & Côté-Femmes Ed, 1995. p. 256-260
- Retrouvez ci-dessous la notice de L'Album du château de Bonneveine, avec plusieurs pages reproduites.
Date de modification : 6 juillet 2026