Le livre d'or du château Borély

L’Album du château de Bonneveine ou Livre d’or du château Borély est un document unique au sein de la bibliothèque du musée d’archéologie méditerranéenne. 

Il s’agit du registre des visiteurs, ouvert entre 1814 et 1856, qui totalise environ 10 000 signatures !

Cette somptueuse « bastide » érigée par la famille Borély à Bonneveine, a attiré depuis la fin du 18eme siècle les amateurs d’art, simples curieux, marchands, négociants, marseillais ou étrangers. Des visiteurs célèbres ont ainsi laissé une trace de leur passage au sein du livre d’or : le Roi d’Espagne Phlippe IV, le duc d’Angouleme, la future comtesse du Barry, le peintre Rivoil, etc. Bien d’autres sont à découvrir dans les 512 pages que compose ce registre …

Aquarelle en frontispice du Livre d'or, attribuée à Antoine Roux, v. 1814
Aquarelle en frontispice du Livre d'or, attribuée à Antoine Roux, v. 1814

Le livre s’ouvre sur une double page par une représentation en aquarelle du château Borély, attribuée Antoine Roux (1765-1835), peintre de marine établie à Marseille, dans un genre nouveau qui sera prolongé par ses fils, celui de « portraits de navires ». On aperçoit sur la droite l’aile Ouest du château, et des personnages profitant de la terrasse et de sa vue dégagée sur la rade de Marseille. Deux frégates sous pavillon anglais mouillent dans la baie, depuis l’abdication de Napoléon en avril 1814. Nombres des marins et capitaines de ces vaisseaux viendront visiter le château comme en témoignent les centaines de signatures du livre d’or.
Au centre de la composition, les iles d’Endoume, et du Frioul. En arrière plan, les pentes adoucies de la Côte bleue. Près de la moitié de la composition supérieure est consacrée au ciel, aux éléments atmosphériques, comme c’est souvent le cas dans les vues de marine. 

Le château Borély, une demeure richement décorée

C’est dans les années 1760-1770 que la famille Borély fait construire dans le domaine de Bonneveine une bastide considérée comme exceptionnelle à l’époque. Les moyens dévolus à sa construction et sa décoration illustrent la puissance de la famille Borély, qui avait pu amonceler une fortune considérable dans le commerce avec les Échelles du Levant. Le projet initial confié à Charles-Louis Clérisseau est exécuté par Joseph Esprit Brun dans un style à la française : un vaste corps de logis à 2 étages, surmonté d’un fronton, encadré aux ailes par deux pavillons. La sobriété de la façade ne laisse guère imaginer la richesse du décor intérieur, réalisé essentiellement par le peintre-décotateur des Borély, Louis Chaix.
L’implantation de la bastide, au sein d’un jardin remarquable à la provençale, avec vue dégagée sur la rade de Marseille, participe à la magnificence des lieux. 

En 1800, le château passe aux mains de la famille Panisse-Passis, dont la fortune dépasse celle des Borély. Le comte Pierre Léandre Panisse-Passis poursuit l’œuvre des Borély et contribue à enrichir le domaine et les collections qu’il abrite. Dès cette période sans doute, et dans la tradition des cabinets de curiosité, le château est ouvert au public. Profitant de la largesse du maître des lieux, les visiteurs se pressent pour admirer les œuvres d’art, peintures et sculptures, et la collection d’antiques. Il faut se reporter également au précieux témoignage de Julie Pellizzone qui décrit dans ses Mémoires l’une des ses visites au château en 1811 (elle l’aurait visité une vingtaine de fois!). 

La liste des œuvres exposées à cette époque est aujourd’hui bien connue, grâce à l’un des catalogues manuscrits de cette collection, conservé à la bibliothèque du musée d’archéologie méditerranéenne (inv. B-1212).

Dans le livre d'or, le blason de la famille Panisse-Passis
Dans le livre d'or, le blason de la famille Panisse-Passis

Page titre du Livre d'or du Château Borély (B-1542)
Page titre du Livre d'or du Château Borély (B-1542)

Les collections de la famille Borély-Panisse : un véritable musée

Le château Borély, avec sa riche collection d’antiques, de sculptures et de toiles de maîtres constituait au début du XIXe siècle un véritable musée, attirant de nombreux visiteurs.  

En effet, plus de 130 tableaux étaient exposés, en majorité des œuvres du XVIIe siècle. Certaines pièces de grandes valeurs ont été retirées ou ont disparues lors de la vente du domaine en 1856. Ainsi trois peintures d’enfants attribuées à Bartolomé Esteban Murillo, la Sainte famille d’Andrea del Sarto, deux portraits par Philippe de Champaigne, deux portraits par Pierre Mignard. 

La majorité des œuvres présentées peuvent être admirées aujourd’hui au musée des Beaux Arts : une Vierge à l’enfant de Simon Vouet (BA 397), cinq sculptures et trois tableaux de Pierre Puget, le cycle de l’histoire de Tobie du peintre Pierre Parrocel… . 

Parmi la vingtaine d’antiques rassemblés, des antiquités égyptiennes étaient disposées dans le vestibule et l’escalier du château : ainsi trois vases canopes, et le buste de la déesse Shekmet offert à Pierre-Léandre de Panisse-Passis par le comte de Forbin à son retour d’Égypte en 1818 (203). D’Italie, on trouvait quelques tronçons de colonne, et des urnes cinéraires. 

Il faut noter également quelques antiques de provenance locale, comme ces urnes cinéraires découvertes à Chateauneuf-le-rouge (inv 1676), l’autre dans les environs d’Aix-en-Provence (inv. 1725, aujourd’hui volé). 

En complément de ces collections, plusieurs dizaines de dessins et gravures étaient accrochés, mais dans des espaces peu visibles ou inaccessibles aux visiteurs (corridor du 1er étage, chambres). 

Au final, l’essentiel de la collection (soit près de 90 %) rejoindra le futur musée des beaux-arts et le musée d’archéologie. 

Du château Borély au musée Borély   

Le livre d’or s’achève en 1855 par la signature de Mr et Mme de Viguerie, inspecteur des Eaux et Forets à Paris. L’année suivante, le château est vendu par Gaston de Panisse à Paulin Talabot, riche marchand et homme d’affaire, et rétrocédé en 1857 à la Ville de Marseille. Le domaine devient public. 

En 1861, la Ville de Marseille se porte acquéreur de l’importante collection d’objets égyptiens du Docteur Clot-Bey. Faute de place au couvent des Bernardines, le château Borély devient le nouvel écrin pour la collection Clot-Bey. Les collections d’antiques sont transférées dans ce nouveau musée dont le nom se confondra même avec le lieu pour devenir le « Musée Borély ». 

Consacré à l’archéologie méditerranéenne, ce musée ne cesse de s’enrichir pour devenir l’un des plus important de France. C’est dans ce cadre que se développe également la bibliothèque du musée Borély, gérée directement par les conservateurs successifs depuis 1893. 

Un siècle plus tard, elle sera déménagée en même temps que les collections archéologiques au sein de la Vieille Charité. 

La première signature sur le Livre d'or, celle du roi d'Espagne, Charles IV (B-1542)
La première signature sur le Livre d'or, celle du roi d'Espagne, Charles IV (B-1542)

Redécouverte du livre d’or

C’est par une note manuscrite rédigée par Bruno Roberty, conservateur du musée Borély entre 1933 et 1943, que nous connaissons l’historique du livre d’or au moment de la vente du domaine par la famille Panisse-Passis. . 

Si l’essentiel des collections d’art est récupéré par la municipalité lors de la transaction de 1857, une partie est soustrait de la vente par Gaston de Panisse pour être vendue ou emportée en dehors de Marseille.

Dans ce contexte, le livre d’or quitte le château Borély, et rejoint une des demeures des Panisse-Passis , le château de Lamanon alors en cours de reconstruction. Il y restera pendant plus de 50 ans, jusqu’à sa redécouverte dans la bibliothèque en 1917, alors que le château de Lamanon est mis en vente. C’est un certain Mr Cotte, parent des nouveaux propriétaires, qui propose de le faire revenir au château Borély, en le confiant au conservateur du musée d’archéologie. Intégré dans les fonds du musée, le livre d’or est mentionné en 1935, prêté pour l’exposition du musée de l’Orangerie À la gloire de la marine à voiles du XVIe au XIXe siècle, en échos à l’aquarelle d’Antoine Roux. Il faudra attendre les années 1970 pour qu’il soit inscrit dans l’inventaire de la bibliothèque du musée d’archéologie. 

Bibliographie

COUTANCIER, Benoît, GERMAIN-DONNAT, Christine, JOURDAN, Robert et PHILIPPON, Annie. Histoire d’une ambition: le château Borély de Marseille, de la bastide au musée. Marseille, France : Musées de Marseille, 2019.

CONSTANT, Gabriel. Les visiteurs du Chateau Borély d’après l’album du Marquis de Panisse-Passis (1814-1856). Marseille, la revue culturelle de la Ville de Marseille. septembre 1961. N° 45, pp. 17‑26.

BENOIT, Fernand. Le Château Borély. Musée archéologique de Marseille: Notice historique sur le château et guide du visiteur. . Marseille, France : Imprimerie municipale, 1960.

Date de modification : 4 mai 2026

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