Les flacons à tabac chinois

Portrait de l’empereur Kangxi
Portrait de l’empereur Kangxi

Anonyme, Qing Dynasty Court Painter (Domaine public)

Le tabac et les objets liés à son usage

Le tabac est introduit en Chine par les Portugais et les Espagnols au début du XVIIe siècle.
D’abord fumé à l’aide de pipes, il est réduit en une fine poudre parfumée à priser dès le milieu du siècle.
Jugée bénéfique pour la santé, cette pratique autrefois réservée aux élites se démocratise au XVIIIe siècle, favorisant la fabrication de tabatières dédiées. À l’image des remèdes thérapeutiques, la poudre de tabac à priser est conservée dans un petit flacon hermétiquement fermé (biyanhu). Le bouchon est généralement prolongé d’une minuscule spatule en ivoire qui permet de prélever la quantité de poudre à inhaler.
Portés à la ceinture ou dans le revers des manches, ces objets deviennent au XVIIIe siècle un accessoire indispensable de la sociabilité chinoise.

La fabrication des tabatières en Chine : verre, matières précieuses et décor raffiné.

Les premiers ateliers impériaux de fabrication de tabatières voient le jour sous l’impulsion de l’empereur Kangxi (r. 1662-1722) et se développent sous les règnes de Yongzheng (1723-1735) puis Qianlong (1736-1796). C’est à l’époque de ce dernier que la production se diversifie, tant dans les formes que dans les matériaux.

Si différentes matières précieuses ont été utilisées pour la réalisation des flacons (ivoire, corne, émail, néphrite, porcelaine, nacre, ambre, jade, corail...), le verre occupe une place de choix.

Séduit par ce matériau grâce à des cadeaux diplomatiques européens, l’empereur Kangxi ouvre une verrerie dans le palais impérial en 1696 inaugurant une production marquée par un raffinement technique et décoratif.

Technique du verre "overlay" ou multicouche
Technique du verre "overlay" ou multicouche

n° d'inv C 1517.58

Variété des techniques

Certaines tabatières en verre recevaient un décor peint à l’intérieur. Tenant le flacon contre la lumière entre le pouce et l’index, l’artiste travaillait avec un pinceau recourbé très fin, parfois composé seulement de quelques poils. Il commençait par tracer une esquisse à l’encre noire à partir du fond du flacon et finissait son œuvre en appliquant les couleurs.

D’autres étaient fabriquées en superposant plusieurs couches de verre coloré. Développée au XVIIIe siècle, la technique du verre multicouche, ou « overlay », exigeait une grande maîtrise technique : le décor était sculpté dans la couche supérieure, voire dans plusieurs couches de verre superposées, à la manière d’un camée. Certains artistes sont ainsi parvenus à associer un grand nombre de couleurs sur leurs pièces.

La chute de la dynastie Qing en 1912 marque la fin de cette production.

Décor peint à l'intérieur
Décor peint à l'intérieur

n° d'inv C 1517.8

Négociants marseillais, les frères Nicolas et Théodore Zarifi, collectionneurs et donateurs

Présenté de nos jours dans la bibliothèque du Château Borély, cet ensemble de flacons à tabac chinois est entré dans les collections marseillaises en 1943 grâce à la générosité des frères Zarifi.

Issu d’une famille de riches négociants marseillais d’origine grecque, Nicolas Zarifi (1885-1941) avait constitué une large collection attestant d’un goût éclectique, trahissant toutefois une passion pour le verre, écho probable à son métier de maître verrier. Nicolas Zarifi était en effet le fondateur des « Verreries du Midi », une fabrique établie dans le quartier de la Valentine produisant des bouteilles en verre destinées à l’industrie pharmaceutique.

Autres axes notables de sa collection : l’art asiatique (sans doute suite à l'Exposition coloniale de Marseille de1906), et le bouddhisme, dont il avait rassemblé statuaire et objets liés au culte d'obédience lamaïque, ou enfin le céramiste Théodore Deck, dont il découvrit les faïences décoratives lors d’un séjour à Paris dans les années 1930.
De fait, bouddhas, tabatières et céramiques chinoises côtoyaient peintures sous verre, opalines ou encore verres des XVIIe-XIXe siècles provenant de Venise, de France, de Bohème ou de Chine.

Dans l’inventaire de la donation, les flacons étaient désignés sous l’appellation « verres de Pékin ».

Désireux de faire profiter les Marseillais de ses trésors patiemment rassemblés, Nicolas Zarifi fit trois donations au musée Cantini, en 1936, 1937 et 1938.
En 1943, Théodore Zarifi offrit à la Ville de Marseille un ensemble d’œuvres réunies par son frère, décédé deux ans plus tôt.

  • Découvrez ci-dessous un ensemble de 54 flacons à tabac chinois, provenant de la collection de Nicolas Zarifi léguée aux musées de Marseille en 1943 et présentée au Château Borély 

Date de modification : 13 mars 2026

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