Bab el-Gasus, la Porte des Prêtres

Émile Bayard. L'Illustration, le 4 avril 1891
Émile Bayard. L'Illustration, le 4 avril 1891

(Source : Wikimedia Commons)

A Thèbes, une tombe collective intacte découverte en 1891

En 1891, une cachette est trouvée à proximité du temple d'Hatchepsout à Deir el-Bahari en Égypte. Son nom, Bab el-Gasus, littéralement la " Porte des Prêtres " en arabe, est une grande tombe collective abritant plsuieurs centaines de cerceuils ainsi qu'une grande quantitié d'objets rituels du clergé d'Amon de la fin de la XXIe dynastie.
Les momies des prêtres et prêtresses inumées initialement dans des tombes individuelles avec leur mobilier funéraires furent transportés dans cette " cachette ", afin de les protéger d'éventuels pillages récurrents sous la XXIe dynastie.

Un contenu exceptionnel, étudié depuis peu

À l'intérieur, cent cinquant trois sépultures complètes et non perturbées : cercueils, papyrus funéraires, boîtes à shabtis, statuettes, stèles et une multitude d'autres objets rituels. Tout est là, préservé depuis plus de trois mille ans. 

Bab el-Gasus est à ce jour la plus grande tombe non perturbée jamais découverte en Égypte.

Émile Bayard. L'Illustration, N° 2510, 4 Avril 1891
Émile Bayard. L'Illustration, N° 2510, 4 Avril 1891

(Source : Wikimedia Commons)

Pourtant, malgré cette importance majeure, la découverte est longtemps restée peu étudiée. Ce n'est qu'au cours des dernières décennies qu'elle a été reconnue comme une source documentaire de premier plan, donnant naissance à de nouvelles publications scientifiques et à des expositions qui lui sont entièrement consacrées. 

Les frères Abd el-Rassoul : des pilleurs devenus acteurs de l'histoire

Pour comprendre le contexte de cette découverte, il faut remonter vingt ans en arrière. En 1871, les frères Abd el-Rassoul, habitants de la rive ouest de Louxor, mettent au jour la cachette des momies royales, enfouie dans le cirque rocheux de Deir el-Bahari, le puits funéraire aujourd'hui référencé DB 320. Pendant de longues années, le secret est soigneusement gardé, et de précieux objets sont discrètement écoulés sur le marché des antiquités.

Georges Daressy. Photographie de l'excavation, le 5 février 1891
Georges Daressy. Photographie de l'excavation, le 5 février 1891

(Source : Wikimedia Commons)

Mais en 1881, l'un des frères, Mohamed, brise le silence. En échange de l'impunité et du versement de 500 livres sterling, il révèle au Service des Antiquités l'existence et l'emplacement exact de DB 320, ainsi que l'extraordinaire contenu qui s'y trouve. En guise de remerciement pour cette " contribution à l'égyptologie ", Mohamed Abd el-Rassoul se voit offrir un poste de chef d'équipe de fouilles à Thèbes.

L'égyptologue Gaston Maspero commente la chose avec une ironie bien sentie : " S'il met à servir le musée la même adresse qu'il a mise longtemps à le desservir, nous pouvons espérer encore quelques belles trouvailles. " Des propos à la fois prémonitoires et justifiés puisque c'est précisément dans ce cadre que, dix ans plus tard, Bab el-Gasus livrera ses cent cinquante trois sépultures au regard des vivants, après trois millénaires de silence.

  • Retrouvez ci-dessous un ensemble d'objets liés au site de Bab el-Gasus, conservés par le musée d'archéologie méditerranéenne
Paul Dominique Philippoteaux. Examen d'une momie, une prêtresse d'Ammon, 1890. Collection particulière.
Paul Dominique Philippoteaux. Examen d'une momie, une prêtresse d'Ammon, 1890. Collection particulière.

De gauche à droite, autour de la momie : Marquis de Reverseaux, Ministre de France au Caire ; Étienne Grébaut, directeur du service des Antiquités ; docteur Fouquet, médecin au Caire ; Emil Brugsch Pacha, conservateur du Musée ; Georges Daressy, conservateur adjoint du Musée ; H. Bazil, secrétaire complable du Musée ; J. Barois, secrétaire général du ministère des Travaux Publics ; U. Bouriant, directeur de la Mission archéologique française au Caire.
(Source : Wikimedia Commons)

Sarcophage extérieur au nom de Bakhen-Khonsou (n° d'inv. D 5171)

Sarcophage intérieur au nom de Bakhen-Khonsou (n° d'inv. D 5195)

Le cercueil extérieur, exposé depuis 1989 au musée d’archéologie méditerranéenne à Marseille (Centre de la Vieille Charité), est anonyme. Toutefois, sur le cercueil intérieur, conservé à la Conservation du Patrimoine des Musées de Marseille, on peut observer au pied du couvercle, les titres de son propriétaire encore visibles. Bien que son nom ne soit plus conservé, le texte relevé par Lieblein s’inscrit dans l’espace détruit confirmant le nom du propriétaire Bakenkhonsou.

(Photographie : Musées de Marseille)

Voir aussi : Dr France JAMEN, chercheuse associée au laboratoire Histoire et Sources des Mondes Antiques (HiSoMA) - UMR 5189 - a recensé tous les objets provenant du site de Bab el Gasus

Date de modification : 24 août 2026

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